Grâce à nos ancêtres nous sommes devenus ce que nous sommes aujourd’hui.
Le patrimoine qu’ils nous ont laissé fait en quelque sorte partie d’eux.
Afin qu’ils puissent continuer à vivre dans nos mémoires, il est à nous
de prendre soin du patrimoine qu’ils nous ont laissé, tout en lui
donnant nouvelle vie.
L’hôtel Fleur de Neige n’est pas un bâtiment pur et simple. Il est
l’accomplissement d’un rêve de deux familles et trois générations. Il a
une âme et une histoire.
Thérèse et Auguste Cottet construisent l’hôtel :
En 1935, Thérèse et Auguste Cottet ont acheté le terrain sur lequel ils
ont construit l’hôtel. Thérèse et Auguste Cottet étaient originaires
d’Hermance, un petit village suisse proche de Genève. Ils avaient
pendant quelques temps été propriétaires d’un bar avec restaurant à
Vogny près de Thonon-les-Bains, mais avaient le souhait de quitter la
plaine afin de construire un hôtel dans un petit village montagnard.
En 1935, l’opportunité s’est présenté à Châtel d’acheter un terrain. Une
fois les plans de construction déterminés, les travaux ont pu commencer.
Pendant la durée de la construction de l’hôtel, Thérèse et Auguste ont
loué la maison juste à côté et y ont fait pension de famille accueillant
les quelques touristes de passage à Châtel.
A cette époque, personne ne pouvait s’imaginer que Châtel allait devenir
la station de sports d’hiver réputée qu’elle est aujourd’hui. Le village
avait à la fin du XIXème siècle fait tentative de devenir une petite
station thermale grâce à deux sources (une sulfureuse et une
ferrugineuse), les deux situées à Tré-les-Pierres. La tentative avait
échoué, mais la famille Cottet restait toutefois confiante.
Les semaines, les mois et les années ont passé et petit à petit Fleur de
Neige prenait forme. C’était à l’occasion de la saison d’hiver 1938-1939
que Fleur de Neige a pu ouvrir ses portes à ses premiers clients.
La Deuxième Guerre mondiale :
Malheureusement, la venue de la Deuxième Guerre mondiale a fait fuir les
touristes et durant la guerre Fleur de Neige était réquisitionné par des
troupes italiennes. Une fois celles-ci parties, l’hôtel était à nouveau
réquisitionné par l’armée française et n’a pas été libéré avant la fin
de la guerre.
La guerre durant, la famille Cottet était obligée de retourner en Suisse
pour gagner son pain. Le fils de Thérèse et Auguste, Pierre Cottet (né
en 1926), désireux de continuer l’hôtel de ses parents, était parti
faire son apprentissage de cuisinier de 1942 à 1944 à l’hôtel Bonnivard
à Montreux en Suisse. A la fin de cet apprentissage et ayant obtenu son
brevet de cuisinier, il est allé à l’hôtel de l’Ecu à Neufchâtel
travailler comme commis de cuisine de 1944 à 1945. Début 1945 jusqu’à
l’automne 1945, il a travaillé comme commis de cuisine au Buffet de la
Gare Cornavin à Genève.
Pendant l’absence de la famille Cottet, la sœur de Thérèse - Margueritte
Decorzent – et son mari aidaient à surveiller l’hôtel. Chauffeur de bus
pour la compagnie S.A.T. assurant la liaison Châtel – Thonon-les-Bains,
Monsieur Decorzent pouvait retourner à l’hôtel le soir où son épouse
passait la journée à faire à manger pour les occupants de l’hôtel et à
faire les tâches ménagères et l’entretien de l’hôtel sous l’oeuil
vigilant des soldats français. C’était aussi Margueritte Decorzent qui
accueillait les réfugiés lors du bombardement du village d’Abondance
situé à 11 kilomètres de Châtel. Nombreux sont ceux qui s’étaient
réfugiés à Fleur de Neige n’ayant pour seule lumière la lueur d’une
bougie.
A la fin de la guerre, Thérèse et Auguste ont pu retourner à Châtel où
l’Etat français a ordonné que leur établissement soit utilisé, pendant
quelques mois, à héberger et nourrir des enfants lyonnais qui avaient
souffert de la guerre. Lorsque les enfants repartaient, ils avaient
meilleure mine grâce à l’air pur de la montagne et grâce au bon lait de
vaches.
Pour la saison d’hiver 1945-1946 Fleur de Neige a repris son activité
hôtelière. A l’époque, la clientèle de montagne était surtout une
clientèle estivale en quête de calme et de beauté, mais l’hôtel
accueillait aussi les quelques premiers skieurs de la région venant
s’essayer sur les pentes vierges de toutes mécanisation. Avec la
construction du 1er téléski de Châtel à Vonnes en 1947, c’est le début
du tourisme de sports d’hiver à Châtel. De plus en plus de touristes
commençaient à choisir Châtel comme destination pour leurs vacances
d’hiver.
Maurice Neuvecelle arrive à l’hôtel :
Début décembre 1953, Auguste Cottet s’est rendu à Thonon-les-Bains chez
Fernand Neuvecelle pour acheter des pommes de terre pour le restaurant.
Il a profité de l’occasion pour demander si Fernand connaissait
quelqu’un qui pouvait venir travailler une quinzaine de jours à l’hôtel
pendant les fêtes de fin d’année. Le fils de Fernand, Maurice Neuvecelle,
alors âgé de 17 ans, a rapidement répondu qu’il était intéressé.
Ainsi Maurice s’est rendu à Fleur de Neige, d’abord avec l’intention d’y
rester uniquement pour les fêtes de fin d’années. Mais très vite, il
s’est aperçu que l’hôtellerie et la restauration était un métier qui lui
plaisait beaucoup et il s’est décidé d’en faire sa profession.
Les mois ont passés et Auguste, Thérèse et Pierre Cottet se sont
rapidement rendu compte qu’ils pouvaient faire confiance à Maurice et
lui ont confié la responsabilité de la salle de restaurant. Ayant un
sens inné pour le contact avec le client, Maurice s’est donné
complètement à son travail.
Un jour est arrivée où Auguste Cottet a du se retirer de la société
suite à des ennuis de santé.
Une amitié solide et sincère s’était petit à petit installée entre
Thérèse et Pierre Cottet et Maurice Neuvecelle. Thérèse a demandé à
Maurice de lui promettre de rester aux côtés de son fils, resté
célibataire, pour le seconder dans l’avenir.
En août 1962, après un long combat contre une maladie, Thérèse a quitté
ce monde pour rejoindre une vie plus paisible.
Pierre Cottet, alors âgé de 36 ans, s’est retrouvé seul pour diriger
l’hôtel. Durant des années, il s’est battu seul pour mener à bien
l’entreprise fondée par ses parents. Il devait s’occuper du travail
administratif, des fournisseurs et de la correspondance avec la
clientèle tout en excellant derrière les fourneaux.
Maurice, toujours fidèle à l’hôtel et à la promesse qu’il avait fait à
la maman de Pierre, lui a apporté beaucoup de soutien et de soulagement
en s’occupant de la partie restauration et de l’accueil.
Voyant qu’il pouvait compter entièrement sur Maurice, Pierre lui a
demandé de devenir son associé dès 1977. Maurice a accepté et Pierre lui
a confié le poste de Président Directeur Général de Fleur de Neige tout
en le rendant actionnaire de l’entreprise.
N’ayant pas eu d’enfant, Pierre s’est beaucoup attaché aux quatre
enfants du mariage de Maurice et Danielle Neuvecelle. Il leur donne
autant d’affection qu’un père.
Aujourd’hui c’est le fils cadet de Maurice Neuvecelle, Stéphane, qui
assure le fonctionnement quotidien de l’hôtel. Pierre Cottet se retire
progressivement afin de laisser peu à peu, les responsabilités de
l’entreprise entre ses mains.
Pierre est heureux de pouvoir compter sur Stéphane et sa famille, mais
c’est avec plaisir et amour du métier qu’il reste à leurs côtés donner
un coup de main lorsqu’ils en ont besoin.